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Turquie. La diplomatie de Macron à l’épreuve d’Erdogan

En recevant en grande pompe son homologue turc, le président français compte en réalité décrocher une nouvelle place pour la France au Moyen-Orient dans « l’ère de l’après-Daech ». Un pari risqué au vu de la répression en Turquie.

« La France ne doit pas renoncer à dialoguer avec les régimes qui ne partagent pas nos valeurs et j’ai constamment tenu cette ligne consistant à la fois à défendre nos principes, nos libertés, notre exigence, mais à poursuivre le dialogue indispensable qui permet à un moment d’obtenir des résultats. » En s’exprimant ainsi, lors de ses vœux à la presse, il y a deux jours, Emmanuel Macron ne prenait pas trop de risques. Mieux, fidèle à lui-même et à son axiome de base selon lequel tout ce qu’il déclare ou entreprend serait novateur, il se présente une fois de plus comme le héraut d’une nouvelle diplomatie. « Se murer dans un silence qui peut être un temps confortable, dicté par la réprobation morale, ne permet pas bien souvent d’obtenir les résultats concrets et indispensables », ajoutait-il, en prenant pour exemple – ce n’est évidemment pas un hasard – la Turquie, avec laquelle « nous avons eu deux épreuves au cours des derniers mois, avec les arrestations du photoreporter Mathias Depardon et de l’étudiant en journalisme Loup Bureau ». Soit ! Mais pourquoi aller si loin et recevoir, dans le cadre d’une visite d’État, le président turc Recep Tayyip Erdogan ? Quel est le but recherché ?

La répression frappe également les militants ouvriers

On se souvient que, le 10 décembre dernier, Emmanuel Macron avait reçu Benyamin Netanyahou, sans que le président français ait publiquement évoqué le sort de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, arbitrairement emprisonné dans le cadre d’une détention administrative. Rien n’a changé pour notre compatriote. Quant à la politique israélienne, elle s’est encore aggravée et l’on ne voit pas Tel-Aviv impressionné et encore moins donner un seul signe de respect du droit international.

Pourquoi Erdogan y serait-il plus sensible ? Il sait qu’en réalité rien ne lui fera modifier sa stratégie, lancé qu’il est dans une nouvelle attitude internationale au moment où le monde entier doit se repositionner dans ce que nous appelons « l’ère de l’après-Daech ». C’est bien de cela qu’il s’agit. Alors, oui, depuis la tentative de coup d’État en juillet 2016, la répression s’est abattue sur toute forme de dissidence ou d’opposition, notamment depuis l’instauration de l’état d’urgence, le 20 juillet 2016. Plus de 50 000 personnes sont toujours en détention préventive pour des liens présumés avec l’organisation Fethullah Gülen et sensiblement autant sont en liberté conditionnelle sous le même motif. Taner Kilic, président de la section turque d’Amnesty International, est emprisonné et coupé de sa famille depuis maintenant près de sept mois, accusé de terrorisme par la justice turque. La répression frappe également les militants ouvriers, les syndicalistes, particulièrement ceux de la centrale Disk. Et aussi les militants du Parti démocratique des peuples (HDP), dont les principaux dirigeants et députés sont incarcérés. Leurs procès ont commencé et ils risquent des dizaines d’années d’emprisonnement.

On peut néanmoins penser que ces questions ne seront pas au centre des entretiens entre Emmanuel Macron et Recep Erdogan. Le président français veut utiliser la situation nouvelle – la défaite de Daech – pour opérer un changement d’attitude, notamment dans le dossier syrien. Il sait que la posture française – qu’il partageait lorsqu’il était membre du gouvernement sous Hollande – d’intransigeance vis-à-vis de Damas ne tient plus, à présent que la situation militaire a changé du tout au tout. Il observe également que, bien que la Turquie soit membre de l’Otan, les différends géostratégiques avec les États- Unis et le rapprochement d’Ankara et de Moscou, ouvrent une opportunité pour Paris de se replacer dans le jeu syrien : pour l’obtention des marchés de la reconstruction, mais également comme intermédiaire s’agissant de la région du Rojava (le Kurdistan syrien), où les forces spéciales et les « conseillers » français sont présents.
L’aide de la Turquie aux djihadistes de tout poil

Recep Tayyip Erdogan est d’autant plus à l’aise que ses tractations avec l’Union européenne concernant la « gestion » des migrants a permis de placer sous le boisseau l’aide apportée par la Turquie aux djihadistes de tout poil (et notamment ceux de l’« État islamique ») partis combattre en Syrie. C’en est même touchant de voir la presse turque – celle qui peut encore s’exprimer – se féliciter de l’arrestation de centaines d’islamistes sur le sol turc en 2017 ! Aujourd’hui, en Syrie, les zones de désescalade mises en place le sont par le biais des discussions d’Astana, où se retrouvent la Russie, l’Iran et la Turquie, les uns et les autres chaperonnant des groupes armés, mais où l’absence occidentale est notable. Erdogan peut, dans ces conditions, venir discuter d’égal à égal pour évoquer le statut de Jérusalem, mais aussi les négociations futures et le règlement politique du conflit syrien, qui doivent avoir lieu à Genève, cette fois sous l’égide de l’Onu, avec des représentants du pouvoir syrien et de l’opposition.

Preuve sans doute du caractère inconfortable de cette visite : hier après-midi, l’Élysée était encore incapable de dire si une conférence de presse aurait lieu à l’issue de l’entretien et du déjeuner entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan.

Coprésident du parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas ne briguera pas un nouveau mandat

Coprésident du Parti démocratique des peuples (HDP) et emprisonné depuis plus d’un an, Selahattin Demirtas vient d’annoncer qu’il ne briguera pas un nouveau mandat à la tête de son parti, dont le congrès est prévu en février. Il entend permettre à son parti « d’envisager la nouvelle période de lutte politique avec plus de force ». Plusieurs élections sont prévues en 2019, notamment les législatives et la présidentielle. Demirtas, 44 ans, dont le procès a démarré, encourt jusqu’à 142 ans de prison. Selon le porte-parole du HDP, Osman Baydemir, plus de 10 000 militants et élus ont été arrêtés depuis juillet 2016.

Pierre Barbancey
Grand reporter


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