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Privatisations : l’Etat cède ADP, les Français dupés ?

La loi «Pacte», qui arrive en deuxième lecture ce mercredi à l’Assemblée, doit notamment permettre à l’Etat de vendre ses parts d’Aéroports de Paris. L’opposition de droite comme de gauche fustige une mauvaise affaire financière.

Pas de chance pour le gouvernement. Le choix de l’acronyme Pacte («plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises») était censé faire consensus autour de ce projet de loi, qui arrive ce mercredi en deuxième lecture au Palais-Bourbon. Mais sa principale disposition - la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP) - a déclenché un sérieux pataquès politique. A la base, les salariés y sont hostiles : «La politique des frontières, dans son ensemble, doit rester du ressort de l’Etat», martèle le secrétaire du comité d’entreprise d’ADP, Pascal Papaux. Et la Cour des comptes a émis, l’an dernier, des critiques sur la manière un peu légère dont ont déjà été privatisés les aéroports de Toulouse, Nice et Lyon. Mais la polémique a enflé ces derniers jours quand l’opposition parlementaire, de gauche comme de droite, est montée au créneau pour dénoncer qui «un projet aventureux», qui «une faute stratégique» ou «une aberration économique». Particulièrement virulent, le député LFI François Ruffin a pointé la semaine dernière de «forts soupçons de favoritisme» : «Combien de fois Vinci a rendu visite au président Macron ? Combien de fois pour qu’on en soit aujourd’hui à décider de la privatisation d’Aéroports de Paris ?» Une charge balayée sur l’air de «la théorie du complot» par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire.

«Etat stratège»

Mais les ventes programmées d’Aéroports de Paris et de la Française des jeux (FDJ, lire page 4), qui devraient intervenir après les élections européennes, posent surtout la question du rôle et du devenir de l’Etat actionnaire. Les deux entreprises, dont le contrôle devrait être cédé à des investisseurs privés, ne sont pas spécialement des canards boiteux. ADP affichait, en 2018, 610 millions d’euros de profits, tandis que la FDJ a dégagé, en 2017, un bénéfice net de 181 millions d’euros. Et bon an mal an, ces deux entreprises servent de généreux dividendes à l’Etat : 220 millions d’euros en 2017, dont 132 millions venant d’ADP. Un argument qui, étrangement, ne convainc pas Bruno Le Maire : «Le rôle de l’Etat stratège n’est pas de toucher des dividendes sur les activités du XXe siècle mais de financer les activités du XXIe siècle», a-t-il argumenté devant les députés dimanche. La vente d’ADP et de la FDJ a deux objectifs : trouver les 10 milliards d’euros qui doivent financer le Fonds de modernisation de l’économie française annoncé par Emmanuel Macron, mais aussi désendetter l’Etat. C’est un peu comme si un particulier vendait une partie de ses biens pour renflouer son découvert, quitte à dilapider son patrimoine. Au cours de Bourse actuel, les 50,63 % que détient l’Etat dans ADP sont en effet valorisés à plus de 8 milliards d’euros. Et si l’Etat cède l’intégralité de ses actions et donc sa majorité du capital, il peut espérer ce que les financiers appellent une «prime de contrôle» de 20 %. Soit, au total, un gain de 10 milliards pour les finances publiques, qui fait saliver les grands argentiers de Bercy.

Ce sera manifestement le cas. Car après avoir imprudemment affirmé que l’Etat conserverait «20 % du capital» d’ADP mardi matin sur France Inter, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a dû faire un erratum sur Twitter : «Sur ADP, comme l’a rappelé Bruno Le Maire […], aucune décision n’a été prise sur le maintien ou non de l’Etat au capital.» Visiblement, les privatisations d’ADP et de la FDJ ne séduisent que dans les rangs de La République en marche. Le rapporteur de la loi Pacte, Roland Lescure, ne ménage pourtant pas sa peine pour défendre ce texte. Celui qui fut banquier avant d’être parlementaire est sur tous les fronts. Idéologique : «Il faut en finir avec le consensus archéo-gaullo-communiste de la vision du rôle de l’Etat.» Mais aussi financier : «Les dividendes ça va, ça vient», estime-t-il à propos des recettes dont va se priver l’Etat en vendant ses participations. Pas de quoi convaincre les élus de droite et de gauche qui ferraillent dans une touchante convergence contre ces privatisations. Le texte a été sèchement rejeté par les sénateurs lors du vote en séance plénière, mais l’Assemblée, où les députés En marche sont majoritaires, aura bien sûr le dernier mot. Du coup, le gouvernement a lâché un peu de lest. Un amendement a déjà été adopté pour maintenir le statut des 6 500 salariés d’ADP et un autre serait en voie d’être accepté par le gouvernement. Il maintiendrait le couvre-feu sur l’aéroport d’Orly. Les vols y sont aujourd’hui prohibés après 23 heures et le nombre d’atterrissages et de décollages limités à 250 000 par an, afin de limiter les nuisances sonores dont souffrent les riverains.

Assurance-vie

Mais les critiques sur le bien-fondé économique de cette privatisation montent en puissance. Avec Orly et Roissy, Aéroports de Paris reste la principale porte d’entrée sur le territoire français. L’an dernier, 105 millions de voyageurs ont arpenté ses terminaux. A la différence de ses concurrents d’Amsterdam et de Londres, ADP dispose de quatre pistes sans pour autant être saturé, et a 7 000 hectares de réserves de terrain disponibles. Et le futur d’ADP est placé sous le signe de la croissance : le trafic aérien croit en moyenne de 5 % par an. Le fait est qu’en vendant aujourd’hui sa participation, l’Etat actionnaire ne fait pas vraiment une bonne affaire : placé sur un compte rémunéré selon les taux en vigueur, le fruit de la vente rapportera 3 % de rémunération par an. Comme une vulgaire assurance-vie.

Or, ADP assure aujourd’hui à l’Etat en dividendes une rentabilité proche de 10 %. Trois fois plus ! A se demander pourquoi Bercy voudrait se priver d’une telle rente. Le principal client d’Aéroports de Paris, qui n’est autre qu’Air France, l’a aussi mauvaise : Roissy-CDG est sa principale base. La grande crainte de la compagnie est que le futur opérateur privé d’ADP soit tenté d’augmenter les tarifs d’utilisation des pistes et des aérogares. Elle serait alors contrainte de répercuter la hausse sur le prix de ses billets d’avion, ce qui la rendrait moins compétitive.

«Imperméable»

Mais précisément, qui sera le nouveau propriétaire d’ADP ? Les candidats ne manquent pas et ils pourraient faire monter les enchères. Ruffin ne s’y est pas trompé, le favori s’appelle Vinci. Le groupe de BTP est de fait déjà présent dans la gestion des aéroports : il en exploite 45 à travers le monde, dont 12 en France. Le fonds d’investissement australien Macquarie, spécialisé dans les infrastructures (104 milliards de dollars d’actifs gérés) serait lui aussi prêt à sortir son carnet de chèques. Pour éviter toute accusation de favoritisme, l’Etat assure que le processus de privatisation sera transparent. Mais au premier rang des opposants, les sept départements d’Ile-de-France entendent jouer les trouble-fête. Emmenés par le président des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, les élus franciliens se disent prêts à racheter 30 % d’Aéroports de Paris : «Dans tous les aéroports de France et de Navarre, les collectivités locales sont présentes au capital, sauf en région parisienne», constate Devedjian. Avec ses collègues des autres départements, il se fait fort de réunir 1 milliard d’euros et s’est associé avec l’un des plus gros fonds d’investissement français, Ardian, qui apporterait 2 milliards d’euros. S’y ajouteraient 3 milliards d’emprunt, soit, au total, 6 milliards en échange de la minorité de blocage au sein d’ADP. Seul hic, l’Etat semble avoir déjà décidé de vendre la totalité de sa participation à un acteur privé pour empocher 4 milliards de mieux. «Ce serait tout de même préoccupant que les deux principaux aéroports français passent sous le contrôle d’un investisseur international plutôt imperméable à l’intérêt général. Notre préoccupation n’est pas la meilleure rentabilité, c’est la vie quotidienne des habitants des sept départements d’Ile-de-France», plaide Patrick Devedjian. Ce à quoi Griveaux répondait mardi que l’Etat n’a pas vocation à gérer «des baux commerciaux pour des boutiques de luxe dans des duty free». Comme si Roissy et Orly se résumaient à cela. L’argument de l’intérêt général ne pèse apparemment pas bien lourd face à une décision très politique de Macron.


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