Élections européennes. 'L’extrême droite a une vision instrumentale de la scène européenne'
 


Élections européennes. 'L’extrême droite a une vision instrumentale de la scène européenne'

Chercheur au centre d’études politiques de l’Europe latine, l’historien Nicolas Lebourg explique comment toute action de cette famille politique est sous-tendue à la fois par l’obsession anti-immigration et les querelles d’ego.

Les listes d’extrême droite qui se multiplient pour ce scrutin, notamment celles de Renaud Camus (La ligne claire) et de Vincent Vauclin (La liste de la reconquête) sont typiques de ce que vous décrivez dans « Les nazis ont-ils survécu ? » (1). Ils promeuvent une identité française, européenne, civilisationnelle, une identité raciale en somme.

Nicolas Lebourg. On dirait une résurgence de la tentative électorale du Rassemblement européen de la liberté (un mouvement fondé par Dominique Venner en 1967, qui se voulait héritier d’Europe-Action et contribuera à créer la matrice du Grece). A l’époque, Dominique Venner tient des meetings, fait campagne contre « l’invasion de la France par les Africains », estime qu’il faut les renvoyer en Afrique, élève la civilisation européenne au-dessus des autres… La campagne actuelle de ces deux listes est un lointain surgeon du Rassemblement européen des libertés. Toutefois, la Dissidence française a gommé les aspects les plus eurasiatiques de son manifeste initial qui  faisait  clairement référence à Alexandre Douguine (écrivain nationaliste russe théoricien du néo-eurasisme - ndlr). Ils ont mis un peu d’eau dans leur vin, mais il en reste beaucoup.

Comme Camus, ils écrivent noir sur blanc qu’il faut une « remigration » des étrangers vers leurs pays d’origine. C’est la première fois ?

Nicolas Lebourg. Pour eux c’est intéressant au niveau électoral afin d'exister par rapport au FN. Dans les années 1980, Jean-Pierre Stirbois avait dû à plusieurs reprises démentir que le FN était partisan de dénaturalisations massives, mais ensuite Bruno Mégret avait mis ce thème sur la table pour « résoudre  le problème de l’immigration » car, disait-il, « l’identité française est liée au sang ». Mais c’est redevenu tabou ensuite. Si on remonte plus loin, il faut se rappeler des notes internes envoyées par François Duprat pour les législatives de 1978, disant qu’il ne faut aucune référence officielle à la race, au renvoi des étrangers… Le seul angle admissible, c’est le social, le chômage, expliquait-il.

Mais ces deux listes aujourd’hui ne prennent même plus autant de gants. Leur angle d’attaque va au-delà de l’identité, c’est la préservation de la race.

Nicolas Lebourg. Clairement. C’est intéressant à mettre en rapport avec la façon dont le Front national a évolué et construit son succès. C’est soit un contre-pied assumé, soit qu’ils prennent la place disponible. Ces gens doivent bien justifier leur autonomie. Pour eux, ça compte… Renaud Camus a besoin d’une exposition...


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