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Européennes. Six raisons de ne pas se laisser voler l’élection

C’est « l’élection européenne la plus importante depuis 1979 », serine à l’envi Emmanuel Macron. Si elle l’est, ce n’est pas seulement pour les raisons qu’il donne – lui ou le chaos –, mais parce que l’occasion est unique de réorienter une Union européenne que l’austérité néolibérale a menée à l’impasse.

D’ici à dimanche, 427 millions de personnes sont appelées aux urnes pour renouveler leurs représentants au Parlement européen. Une élection qui intéresse peu, mais qui aura pourtant des conséquences concrètes sur la vie quotidienne. En France, plus d’un électeur sur deux qui compte se déplacer entend « sanctionner » Emmanuel Macron. Le chef de l’État, affaibli depuis novembre et la traduction par les gilets jaunes de la crise sociale qui couve, veut éviter que ce scrutin ne se transforme en référendum et ne compromette ainsi la fin de son quinquennat. D’où l’énergie déployée par l’exécutif pour tenter de réduire cette élection à une opposition entre nationalistes et « progressistes », usurpant passablement le vocable, mais jouant d’un danger bien réel, avec une poussée de l’extrême droite redoutée dimanche dans nombre de pays. L’enjeu pourtant dépasse ce clivage artificiel, qui évacue les urgences sociales et les alternatives au néolibéralisme, qui a pourtant conduit l’Europe dans l’impasse. L’UE s’invite dans nos assiettes, conditionne nos emplois, pèse sur notre avenir. À l’heure de se prononcer, l’Humanité décline les enjeux de ce scrutin.

Tournant - Redonner des couleurs à l’Europe sociale

L’Union européenne est au pied du mur. L’impasse des politiques néolibérales, du dogme de la concurrence et de l’austérité, incapables de répondre aux aspirations sociales, démocratiques et écologiques, explique le désamour des peuples européens à l’égard d’institutions soumises aux lobbies et intérêts des multinationales. L’affaiblissement des souverainetés populaires a encouragé la fièvre nationaliste et raciste. Mais cette situation est loin d’être une fatalité. À Strasbourg, chaque voix comptera. Lors du précédent mandat, les directives de libéralisation du rail sont passées à 22 voix près. Or, la future Assemblée aura à se prononcer sur des dossiers cruciaux, notamment un nouvel accord commercial avec les États-Unis, une sorte de traité transatlantique bis. De même, Emmanuel Macron et d’autres responsables nationaux entendent renforcer l’Europe de la défense, à savoir organiser un pilier européen d’une Otan sous domination américaine. Si rien n’est fait, cette législature pourrait être celle d’une nouvelle étape de vassalisation de l’Europe envers Washington. Mais l’heure est aussi à tourner la page des politiques d’austérité. Sur fond d’affaiblissement des deux poids lourds du Parlement, le Parti populaire européen (PPE, conservateur) et les socialistes et démocrates, la majorité austéritaire du Parlement pourrait pourtant se renforcer avec l’apport des centristes et des macroniens de l’Alliance des démocrates et libéraux en Europe (Alde), voire des Verts.

Colère sociale - Des ronds-points aux bulletins

L’abstention pourrait atteindre, dimanche, un nouveau record, notamment chez les classes populaires. Les 1 % les plus riches, eux, n’oublieront pas d’aller voter. Si les mobilisations des gilets jaunes ont permis l’irruption de la colère sociale dans le débat public, elle doit pouvoir se traduire dans les urnes, sous peine de laisser les mains libres aux libéraux. Les macronistes ont bien tenté la récupération, mais leurs listes « gilets jaunes » – une première tentative avec Jacline Mouraud, puis une deuxième avec Ingrid Levavasseur – ont capoté. Résultat : les GJ, divisés, sont présents sur plusieurs listes. De gauche, ce qui se comprend au vu de leurs revendications (sur le rétablissement de l’ISF, la hausse du Smic, le conditionnement voire l’arrêt du crédit d’impôt compétitivité-emploi, etc.), mais de droite extrême ou d’extrême droite aussi. Marine Le Pen a eu beau jeu de leur lancer cet appel, depuis Villeblevin (Yonne), le 21 mai : « Le moyen pacifique et démocratique de pouvoir obtenir quelque chose (...), c’est d’aller voter pour la seule liste capable de battre celle d’Emmanuel Macron, celle du Rassemblement national ! » En se positionnant favorablement uniquement sur le référendum d’initiative populaire (qu’il entend manipuler sur la question migratoire), le parti d’extrême droite se relooke à peu de frais en « working class hero », en évacuant totalement le volet social – qui l’emporte sur les autres attentes – du mouvement. Car, il faut mettre en parallèle les revendications portées sur les ronds-points et le refus de Marine Le Pen d’y accéder pour se rendre compte de l’arnaque. Si certaines figures du mouvement ont appelé fort justement à « battre Macron » dans les urnes à cause de sa politique antisociale, ceux qui n’ont pas fixé leur choix feraient bien de relire les programmes pour ne pas faire pire que mieux en glissant un bulletin contraire à leurs attentes dans l’urne dimanche.

Extrême droite- Pas de carte blanche à Le Pen et ses alliés

« Si on veut voter contre Macron, le vote utile, désormais, c’est le vote Rassemblement national ! » proclamait tranquillement l’animateur Olivier Truchot, la semaine dernière, sur BFMTV. Il faut dire que journalistes et sondeurs se sont démenés pour surjouer le duel progressistes-nationalistes imaginé par le RN d’une part, LaREM d’autre part, emmenant le parti d’extrême droite à marquer des points, notamment sur l’immigration. À l’issue du débat sur LCI, le 20 mai, le directeur opinions de Harris Interactive, Jean-Daniel Lévy, osait dire qu’un point distingue le RN des autres formations politiques : « Quand Marine Le Pen ou les représentants du RN parlent, on les comprend. » Un exemple ? « Nous avons en France 10 millions de pauvres, 6 millions de chômeurs et un Français sur trois qui n’arrive plus à se soigner correctement. (…) Nous assumons d’être élus par les nôtres et de faire de la politique pour les nôtres d’abord », a déclaré la tête de liste RN, Jordan Bardella, au meeting de Villeblevin. On voit la cible se dessiner. Mais quand on sait qu’en 2015, au pic de la crise de l’accueil, les migrants représentaient 0,2 % de la population européenne globale, on a du mal à « comprendre » comment ceux qui parlent sur les plateaux télé d’un FN « new look » n’entendent pas le Front national des années 1980, et son « Les Français d’abord ». Un slogan d’ailleurs décliné dans plusieurs pays, où l’extrême droite pourrait parvenir en tête du scrutin et constituer un groupe influent autour du Rassemblement national et de la Ligue du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini. Certains partis dits de la droite traditionnelle comme le Fidesz hongrois ou les conservateurs autrichiens de l’ÖVP pourraient leur tendre la main pour mener en Europe une politique toujours moins solidaire et toujours plus anti-migrants.

Quinquennat - Mettre un Carton rouge à Emmanuel Macron

En s’impliquant personnellement dans la bataille, Emmanuel Macron en a fait un référendum pour ou contre lui. De fait, le scrutin de dimanche peut permettre aux citoyens de sanctionner sa politique. D’autant que le président pense que la crise sociale, mise en lumière par les gilets jaunes, est derrière lui. Au point de décréter qu’ils n’ont « plus de débouché politique ». À l’inverse, le chef de l’État estime ne pas avoir à « rougir de son bilan » dans son interview à la presse régionale, mardi. « Le pouvoir d’achat n’a jamais augmenté de cette manière depuis douze ans, (…) les emplois industriels sont recréés » (en fait, 8 000 créés depuis 2016), a-t-il égrené, loin de la réalité sociale du pays. « Le chômage est au plus bas depuis dix ans », avance-t-il également. Il a juste retrouvé son niveau de 2009, à peine sous les 9 %. On est loin encore de l’objectif de 7 % qu’il s’était fixé pour la fin de son mandat. Le 26 mai, selon le score de la majorité et du rapport de forces à gauche, l’occasion est donnée aux électeurs de peser sur la fin d’un quinquennat, dont les deux premières années ont été marquées par une violence inouïe envers les classes populaires.

Écologie - Feu vert pour une préoccupation grandissante

Portée de façon inédite dans le cadre d’élections européennes, l’écologie aura été une thématique phare de cette campagne. Pas une liste qui la snobe – quitte, pour certaines, à opter pour un « greenwashing » ostentatoire. Reste que, en la matière, l’Union a de nombreuses cartes à jouer, et son Parlement les moyens de peser sur les décisions. Son vote unanime, en 2018, contre la pêche électrique, technologie mortifère au service de la surpêche, en est un exemple éloquent. Non seulement les députés ont, sous impulsion de la GUE et d’EELV, pris à contre-pied un projet de la Commission, mais ils l’ont acculée à aller dans leur sens : un an plus tard, celle-ci validait l’interdiction. Leur rôle sera tout aussi déterminant lors du prochain mandat. Redéfinition des objectifs de réduction de gaz à effet de serre pour les rendre cohérents avec l’accord de Paris, réorientation de la politique agricole commune… l’agenda écologique sera chargé. En matière de climat, singulièrement, des décisions structurelles sont en jeu. Elles porteront, entre autres, sur le ciblage des financements accordés aux entreprises par la BCE, laquelle continue de financer à hauteur de 112 milliards d’euros par an les secteurs les plus polluants, ou sur le soutien aux pays membres dépendants du charbon, afin qu’ils puissent rapidement opérer une transition énergétique socialement soutenable.

Vie quotidienne - l’UE s’occupe de vous, occupez-vous d’elle

Paradoxe, l’élection européenne mobilise traditionnellement peu en France, considérée comme une élection intermédiaire entre deux présidentielles. L’Union s’invite pourtant dans le quotidien des Français : quand une loi n’est pas la transposition en droit français d’une directive européenne, elle est inspirée d’injonctions suscitées à Bruxelles… Le « semestre européen » est ainsi une procédure méconnue de surveillance des politiques structurelles, sociales, budgétaires et macroéconomiques des États membres de l’UE, qui règle le calendrier européen comme du papier à musique. Par des recommandations spécifiques aux États, la Commission et le Conseil européens les poussent à aller toujours plus loin dans la dérégulation sociale. Y sont examinés tous les « obstacles au commerce », ce qui inclut les différences de réglementation qui nous protègent sur les plans sanitaire, social et environnemental. Un exemple : l’importation de saumon transgénique, autorisée au Canada, est interdite en Europe. Mais il n’y a pas d’obligation d’étiquetage du saumon OGM au Canada, lequel pourra, avec l’accord UE-Canada, qui, en supprimant les droits de douane, rend le saumon canadien attractif, se retrouver dans votre assiette, sans que vous le sachiez.

Marie-Noëlle Bertrand, Gaël De Santis, Grégory Marin et Lionel Venturini


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