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Réseaux sociaux, renseignement : vers quoi s’oriente la réforme du maintien de l’ordre ?

Le 17 juin, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a lancé une réflexion sur le maintien de l’ordre depuis la place Beauvau. Des experts ont été conviés à travailler sur les méthodes et les moyens utilisables pour éviter les violences.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a lancé le 17 juin un séminaire pour faire évoluer les méthodes et les outils sur le maintien de l’ordre, en vue de poser les jalons de la future loi de sécurité intérieure. «Communication entre les forces et leur commandement, «usage de la force et armement», «judiciarisation» : le patron de la place Beauvau espère que cette «réflexion stratégique» permettra d’explorer les voies et moyens permettant de limiter les violences lors des manifestations.

Cette initiative intervient dans un contexte particulier : depuis les mobilisations des Gilets jaunes, jamais la doctrine française en matière de maintien de l’ordre n’a été aussi critiquée. A l’image de la polémique autour de l’utilisation du lanceur de balle de défense (LBD) – impliqué dans plusieurs blessures graves parmi les manifestants – les moyens et dispositifs mis en œuvre par les forces de l’ordre pour contenir les violences, ont été sources de débats houleux jusqu’au sein même de l’hémicycle.

Malgré les remous et les indignations de l'opposition et de nombreux Gilets jaunes ou sympathisants du mouvement, le ministère de l’Intérieur continue de contester l’existence de «violences policières» au cours des manifestations. Seul véritable mea culpa émis par la place  Beauvau : l’apparition de «dysfonctionnements» dans le maintien de l'ordre après l'acte 18 des Gilets jaunes, au cours duquel l'avenue des Champs-Elysées à Paris a subi des dégradations conséquentes. Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, avait jugé à l’époque que les forces de l'ordre avaient été «moins offensives» face aux casseurs et avait dénoncé «un travail de sape» sur l’utilisation du LBD.

Investissement des réseaux sociaux, diffusion de SMS : l’exécutif veut gagner la bataille de la communication

Afin de mener à bien cette réforme du maintien de l’ordre, le ministère de l’Intérieur a énuméré les différentes problématiques auxquelles sont confrontées les forces de l’ordre dans l’exercice de leur mission, lors des manifestations.

    Les réseaux sociaux [...] par la diffusion d’images sorties du contexte ou de fake news contribuent à attiser le mouvement

L’impact négatif des réseaux sociaux sur le travail des forces de l’ordre sur le terrain y est notamment soulevé : «L’usage intensif des réseaux sociaux, ouverts ou cryptés, entre les participants, aussi bien en amont que pendant les manifestations, notamment pour mener des actions spontanées et déjouer les dispositifs des forces de l’ordre. Les réseaux sociaux qui par la diffusion d’images sorties du contexte ou de fake news contribuent à attiser le mouvement, et parfois à faire basculer les participants pacifiques du côté des plus radicalisés», peut-on notamment lire sur le dossier de presse gouvernemental.

Par ailleurs, le document indique qu’une «hypermédiatisation des événements en temps réels, par des médias reconnus [notamment les équipes des chaînes d’information en continu], mais aussi la présence soutenue d’auto-média qui vont contribuer à un traitement en temps réel de l’événement» peut conduire à «influencer le comportement de la foule». Pour prévenir ces potentielles dérives, le ministère de l’Intérieur prône l'utilisation, par les autorités, «de tout système de diffusion de l’information, notamment les réseaux sociaux, chaîne de SMS, panneaux à messages variables».

Un fichage élargi des manifestants ?

Le même document déplore en outre la tournure violente de manifestations en raison de l’infiltration de «groupes organisés d’ultra-droite ou d’ultra-gauche». «L’augmentation des formes de contestation les plus radicales [pour lesquelles la violence est devenue un but, du type black blocs] a conduit à des mobilisations dispersées [multiplication des points d’action], non structurées et caractérisées par leur imprévisibilité», note la place Beauvau.

En conséquence, le ministère de l’Intérieur entend anticiper et suivre davantage «les mouvements de contestation» en mettant en place l’ensemble des moyens nécessaires pour mieux connaître ces groupes radicalisés : «mission de renseignement», «contacts étroits avec les organisateurs ou participants», telles sont les actions évoquées.

Ces propositions sont susceptibles de relancer la polémique autour du fichage dont ont été victimes certains Gilets jaunes. Le 24 avril dernier, la direction de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) avait reconnu du bout des lèvres, avoir transmis sur le fichier nominatif SI-VIC des précisions de nature médicale «de manière inappropriée» concernant les blessures des Gilets jaunes.

Réflexion sur le maintien de l’ordre : les «experts» bienvenus, les Gilets jaunes et ONG écartés

Parmi la quinzaine d’experts appelés à jouer un rôle dans la réforme du maintien de l’ordre, figurent des personnalités qui n’avaient pas fait montre de mesure dans leur analyse du mouvement des Gilets jaunes, à l’instar de Georges Brenier. Ce journaliste s’était réjoui en janvier dernier, à la faveur du 20 heures de TF1, de l’absence «à première vue» de bavure ou encore de «blessé grave» au cours des manifestations des Gilets jaunes. Une appréciation en complet décalage avec la réalité sur le terrain.

Parmi les autres invités, figurent également le député LREM Jean-Michel Fauvergue. Ce dernier avait affirmé sur France Info, après les violences du 16 mars à Paris, que les Gilets jaunes qui manifestaient «approuvaient les violences». «Si attroupements il y a, les gens qui seront dans la rue, quels qu'ils soient seront pénalisés», avait-il déclaré. «Il y a toujours des Gilets jaunes et ceux-là discutent dans le grand débat et un peu partout avec les députés. Ceux qui manifestent sont radicalisés, approuvent la violence, quand ils n'y participent pas. Ils ne sont pas dans l'esprit des Gilets jaunes».

Autre personnalité composant ce panel d’experts : le président de l’Institut Léonard de Vinci, Driss Aït Youssef. Au cours d’une interview accordée en mars dernier à L’Opinion, ce spécialiste de «la sécurité globale» avait déclaré au sujet des débordements : «Une partie de ces Gilets jaunes qui aujourd’hui se sont radicalisés […], ont des discours très idéologiques. On le voit bien, sur les plateaux de télévisions, ceux qui étaient plus ou moins modérés, qui condamnaient la violence, ne la condamnent plus. Ils appellent en renfort les black blocs pour venir les soutenir, parce que selon eux, seule la casse leur permet d’obtenir gain de cause.»

En revanche, le gouvernement n’a pas jugé nécessaire de convier des personnalités d'ONG de défense des droits de l'homme comme Amnesty International. Et pour cause : l'organisation avait fait état, dans une enquête diffusée sur son site le 17 décembre, de nombreux cas «de recours excessifs à la force» par la police, après cinq semaines de mobilisation des Gilets jaunes. Par ailleurs, aucun collectif ni leader réclamant son appartenance au mouvement des Gilets jaunes n'a été convié à participer à ce séminaire de réflexion où les voix discordantes, semble-t-il, ne sont guère les bienvenues.


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