' L’Humanité ' attaquée par Murmures de la cité : tout savoir du procès qui s’ouvre ce mercredi

Admirateur de figures du fascisme français, l’initiateur du spectacle historico-identitaire Murmures de la cité, Guillaume Senet, poursuit notre journal en diffamation ce mercredi à Moulins (Allier). Partis de gauche (PCF, PS, LFI…) et syndicats (CGT, FSU, SNJ-CGT, SNJ…) organisent un rassemblement de soutien à 13 heures.

Sur son compte Instagram, le 22 avril dernier, Guillaume Senet se félicitait à l’avance : « Dans trois semaines, il n’y aura plus une seule place pour Murmures de la cité », fanfaronnait-il, tout sourire, face caméra, évoquant « l’exposition nationale » et la « lumière totale » que promettaient de fournir deux événements à son spectacle pseudo-historique, dont une nouvelle édition doit se tenir en juillet 2026. Le premier, son audition devant la commission d’enquête sur le « financement des politiques publiques par des structures privées », s’est tenu le 30 avril… et il ne lui a guère été favorable.

Que Guillaume Senet se rassure, « l’Humanité » assumera
Le second, c’est le procès en diffamation que cet étudiant en droit de 25 ans, admirateur des fascistes et antisémites français Robert Brasillach et Maurice Bardèche, qu’il intente à l’Humanité ce mercredi 6 mai devant le tribunal judiciaire de Moulins (Allier), « pour des accusations à caractère nazi ». « Ce qu’ils ont écrit devra être assumé. Alors oui, dans trois semaines, il n’y aura plus de places, parce que cette fois, tout va se voir », proclame le fondateur du groupuscule catholique identitaire Sophia Polis, qui organise chaque année des « universités d’été » dans le château familial de Cressanges (Allier), rassemblant des figures de l’extrême droite la plus radicale.

« Assumer » ses écrits et son rôle dans la bataille culturelle et politique contre l’extrême droite, l’Humanité a bien prévu de le faire, et pas dans un murmure… Le directeur du journal, Fabien Gay, sera d’ailleurs présent, ce mercredi, à Moulins, pour défendre la liberté d’informer et, en particulier, la façon dont nous avions relaté la première édition du spectacle des Murmures de la cité, en juillet dernier.

Ce mini-Puy du Fou imaginé par Guillaume Senet et ses amis, censé narrer en une heure et demie l’histoire de France, « pays éternel guidé par la Providence », s’était ouvert par la projection sans aucune mise en perspective, pendant cinq longues minutes, des gigantesques drapeaux nazis, ornés de croix gammées, sur la façade du Centre national du costume et de la scène (CNCS) de Moulins, dont le parvis accueillait la représentation.

« Notre journaliste n’a pas inventé ce fait, il était présent à la représentation, explique Fabien Gay. Ce qui n’a pas plu aux organisateurs, c’est que nous disions qu’il s’agisse d’une mise en scène complaisante de symboles nazis. Mais, lorsqu’on connaît le profil des concepteurs du spectacle, il ne faut pas être naïf sur la réalité de leur message et leur volonté politique. Ils ne critiquent pas, ils ne dénoncent pas les symboles nazis, ils les mettent en exergue, puis n’assument pas ! »

Derrière les « Murmures », l’institut Iliade ou le groupuscule Sophia Polis
Le « profil » des concepteurs du spectacle et les soutiens très marqués dont ils ont bénéficié, c’est bien l’Humanité, sous la plume de notre confrère Thomas Lemahieu, qui les avait révélés le 10 juillet dernier. Outre les financements publics très contestés obtenus par Murmures de la cité (région, département, agglo, ville…) ou celui, privé, émanant du Fonds du bien commun, du milliardaire et exilé fiscal Pierre-Édouard Stérin, relevé dès le printemps 2025 par le député communiste de l’Allier Yannick Monnet, le projet porté par Guillaume Senet a pu être développé, aussi, grâce à l’incubateur le Nid, émanation de l’institut Iliade, cercle de réflexion identitaire dont Libération avait révélé l’ambition de créer un club réservé « aux Européens » – comprendre aux Blancs.

Derrière Guillaume Senet et ses Murmures de la cité se cachent aussi Guillaume Poliste (un pseudo) et Sophia Polis, cette association qui se dit « enracinée » et qui rassemble des catholiques traditionalistes, dont le projet, qu’elle qualifie de « combat anthropologique », est de « reconquérir la France », en commençant par « les villages et les églises ». En affichant aussi la couleur de ses convictions sur ses tee-shirts promotionnels, où trône une citation de Robert Brasillach : « Notre idéal n’est pas demain mais chaque jour… ».

Interrogé au Sénat le 30 avril sur cette promotion d’un collaborateur zélé, ex-rédacteur en chef du journal antisémite Je suis partout, condamné et fusillé en 1945 pour « intelligence avec l’ennemi », Guillaume Senet a répondu que Murmures de la cité et Sophia Polis étaient « deux structures distinctes » et qu’il n’avait jamais été « inquiété » par la justice pour ces tee-shirts. Concédant toutefois que les deux associations pouvaient avoir « des bénévoles en commun ».

Des syndicalistes dans le viseur
« Depuis des mois, nous nous battons contre l’extrême droite dans le département, car elle y est de plus en plus présente et violente, explique Sébastien Claire, secrétaire départemental du PCF de l’Allier. Il était donc logique qu’on vienne en soutien de l’Humanité, qui est la cible d’une procédure bâillon. » Notre journal n’est d’ailleurs pas le seul visé par ces attaques.

Le quotidien la Montagne subit la même procédure en diffamation. Quant aux syndicalistes Vincent Présumey (FSU) et Laurent Indrusiak (CGT), qui font déjà l’objet de menaces de mort, ils voient aussi les plaintes s’accumuler contre eux. « Il doit y en avoir une nouvelle, je suis convoqué ce mercredi matin à la gendarmerie », nous a confié le militant de la CGT.

Humanite - Alexandre Fache


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