A Saint-Denis, professeurs et étudiants soutiennent les lycéens
Jeudi matin, vers 7 h 30, les grilles du lycée Paul Eluard, épicentre de la contestation lycéenne en Seine-Saint-Denis depuis le début de la semaine, sont fermées. Un cordon policier empêche quiconque d’approcher. Deux cents mètres plus loin, le lycée professionnel Frédéric Bartholdi arbore toujours les banderoles « + de moyens, - de misère » et « les profs soutiennent les élèves ». Quelques dizaines de lycéens attendent calmement devant les grilles, sous le regard des forces de l’ordre. « Il y a beaucoup plus de policiers qu’hier. Pour des lycéens, c’est beaucoup trop, » juge Nolhan, élève de Terminale.
Adama et Nubia’n, en première, ont participé à tous les blocus depuis une semaine. Ils évoquent spontanément le prix trop élevé de la cantine, le manque de tables et de chaises et la présence de cafards dans les classes. « La seule solution qu’on a c’est de montrer qu’on est mécontents, estiment-ils. Mais on a l’impression de n’avoir aucune réponse, que ça ne bouge pas. » Leurs parents les comprennent et les soutiennent, disent-ils, même s’ils leur demandent de faire attention.
Des professeurs et des élues de la ville naviguent dans les rangs des élèves pour discuter et échanger des conseils. Alycia, Alessia et Sophie, élèves de 1re, arborent sur leur bras le numéro de téléphone d’un avocat, fourni par une adjointe au maire en cas d’arrestation. Selon elle, il y a plus de monde devant le lycée mais pas de violence. « La différence entre aujourd’hui et hier, c’est la présence des profs à nos côtés. On se sent soutenues et protégées, » analysent-elles. Pour Sophie Gaubert, professeur d’arts appliqués, le ressentiment des élèves vient de « l’impression d’avoir de moins en moins de droits et de plus en plus de devoirs. » L’interdiction du téléphone portable en début d’année scolaire est venue mettre le feu aux poudres.
Vers 9 h 30, un cortège, en provenance de l’université Paris-VIII toute proche, se rassemble devant le lycée. Claire et Clara, étudiantes en licence de science politique, précisent être venues « en soutien des lycéens » qui « demandent simplement des conditions d’apprentissage décentes ». Après quelques prises de parole, les étudiants et lycéens se dirigent vers le centre de Saint-Denis pour retrouver les élèves d’autres établissements. Place du 8 mai 1945, des tensions éclatent avec les policiers et les gaz lacrymogènes répondent aux tirs de mortier. Le cortège se rassemblera finalement face au lycée Suger en fin de matinée.
Source: Le Monde - Rémi Ducasse (à Saint-Denis)








