Des élèves de première ont-ils été enfermés dans un

Une vidéo montre des issues de secours du lycée Montesquieu, à Bordeaux, cadenassées. Le rectorat assure que les élèves de première, seuls autorisés à rentrer dans l'établissement, ont été réunis dans un autre bâtiment, dont les portes n'étaient pas entravées.

Bonjour,

Vous êtes plusieurs à nous interroger sur les événements qui se sont déroulés mardi 28 janvier, au lycée Montesquieu de Bordeaux. Plusieurs témoignages sur les réseaux sociaux font état d’élèves de première «séquestrés» à l’intérieur de l’établissement en vue de passer des épreuves communes de contrôle continu du baccalauréat (E3C). Le déroulement de ces dernières étant perturbé par une forte mobilisation contre la réforme portée par Jean-Michel Blanquer. Sur Twitter, une vidéo, filmée depuis les couloirs du lycée, montre même des issues de secours cadenassées.

Des articles de nos confrères de Rue89 Bordeaux et Sud Ouest relatent cette matinée en détail. D’après des témoignages concordants que CheckNews a pu recueillir, une première journée de mobilisation s’est tenue la veille devant le lycée, en présence d’élèves, de professeurs et de parents d’élèves. Ce blocage a entraîné une première annulation d’épreuves du E3C, initialement prévues ce jour-là.

Barrage filtrant
La suite, c’est une professeure du lycée, présente dès 7h45 dans l’établissement qui nous le raconte : «Mardi, quand je suis arrivée en voiture, il y avait des bouchons devant le garage. On s’est vite rendu compte que le parking et le garage à vélos du lycée étaient condamnés. Devant l’établissement, des élèves étaient attroupés. J’ai pu rentrer par une petite porte avec d’autres collègues. Dans la cour, la proviseure et du personnel administratif étaient présents. lls laissaient entrer des élèves – on a saisi plus tard qu’il s’agissait exclusivement d’élèves de première.» Il apparaît donc qu’un barrage filtrant est effectivement mis en place à l’entrée de l’établissement : les secondes et terminales sont priés de rester à l’extérieur. Les premières, eux, se voient informés, selon plusieurs sources, qu’ils vont devoir passer plusieurs épreuves communes, ce dont ils n’étaient pas prévenus.

La professeure évoque une «situation très confuse» dans la cour. «Certains élèves qui ne comprenaient pas ce qu’il se passait se dirigeaient vers leur salle de cours habituelle. Quelques collègues ont fait l’appel avant de les renvoyer auprès de leurs camarades, car la situation était vraiment étrange… Des élèves m’ont dit qu’ils allaient devoir passer trois épreuves du E3C dans la journée, puis deux – celle de la veille qui avait été annulée et celle qui était initialement prévue ce jour-là. Moi, je n’ai vu aucun planning à l’entrée des salles, comme c’est le cas d’habitude dans le cadre des examens. Ce qui est sûr, c’est que la veille, tout le monde avait compris que ces épreuves étaient reportées à une date ultérieure.» Passer des épreuves du bac au débotté : la perspective angoisse plusieurs lycéens. «J’ai vu des larmes. Et un gros stress chez un de mes élèves qui est rentré en salle des profs dès 8 heures pour nous demander d’aller parler aux élèves», poursuit la professeure.

Une parent d’élève, membre de la FCPE, a suivi de près les événements. Egalement contactée par CheckNews, elle corrobore la version de la professeure et affirme que les élèves étaient même encadrés par ce qu’elle nomme une «brigade du rectorat». Comprendre, une équipe mobile de sécurité (AEMS), qui agit sous l’autorité des recteurs d’académie. Un déploiement que ne cherche pas à nier le rectorat de Bordeaux, sollicité par nos soins : «C’est l’usage en appui du chef d’établissement dans la gestion des flux d’élèves», nous dit-on.

Sur le déroulé chaotique de ce mardi matin, le rectorat livre sa version : «Des épreuves communes de contrôle continu ont été programmées lundi 27 au lycée Montesquieu et n’ont pas pu être tenues du fait de la confusion qui a régné dans l’établissement avec des élèves refusant de composer et ayant sorti des tables des salles d’épreuves dans la cour. D’autres épreuves E3C étaient initialement programmée le lendemain, mardi 28 janvier. Le mardi matin, la direction a été prévenue qu’un mouvement lycéen d’ampleur était en train de se structurer. Considérant la sécurité des personnes, la direction du lycée a décidé de n’autoriser l’accès qu’aux seuls élèves de première qui avaient d’abord cours et devaient ensuite passer l’épreuve. Contrairement à la veille, il n’y a eu aucun débordement. Cependant, les élèves de première ont massivement refusé d’aller en cours, puis ont fait savoir à la proviseure et aux équipes présentes parmi eux dans la cour qu’ils ne voulaient pas passer l’épreuve de toute la journée.»

Gestion catastrophique
Le rectorat affirme également que les élèves n’ont pas été véritablement «enfermés dans l’établissement», ce qui aurait posé d’évidents problèmes en terme de sécurité : «Une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux montrant une issue fermée par un cadenas, mais il s’agissait en fait d’une sortie de secours du bâtiment B, ouverte en force la veille par laquelle une intrusion avait eu lieu. Les deux bâtiments A et B ont deux systèmes d’alarme indépendants avec des issues de secours qui leur sont propres. Les issues de secours du bâtiment A, le seul où les élèves étaient présents, étaient évidemment bien accessibles.» Une version pas franchement recoupée par les dires de deux enseignants. L’un d’entre eux maintient auprès de CheckNews que des épreuves étaient initialement prévues dans ce bâtiment B, aux issues de secours cadenassées. Tandis qu’une autre professeure assure avoir échangé avec une collègue qui a bien fait cours à cinq élèves, malgré l’agitation, dans une salle du bâtiment B.

Les professeurs présents, interloqués, imputent la «gestion catastrophique de cette situation à l’obstination totale de la rectrice». Elle aurait, selon eux, insisté pour que les épreuves se tiennent dans un contexte de mobilisation sociale. Du côté de rectorat, on dément fermement : «Le rectorat accompagne les chefs d’établissement depuis plusieurs mois pour la mise en œuvre de la réforme du baccalauréat. Dans ce contexte, une équipe de suivi pluri-catégorielle échange régulièrement avec les proviseurs. Il ne s’agit pas de donner des consignes mais de venir en appui. Dans ce cas précis, aucune consigne n’a été donnée.»

Mardi, à la mi-journée, les épreuves étaient finalement annulées et les élèves renvoyés chez eux. Ce vendredi, la majorité d’entre eux a pu plancher, dès 8 heures, sur les examens prévus à l’origine.

Cordialement,


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