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ONU : véto de la Russie à une résolution des Etats-Unis et de l'Albanie sur son opération en Ukraine

 Ce projet de résolution entendait obliger la Russie à retirer immédiatement toutes ses forces militaires du territoire ukrainien. Le texte aurait été adouci peu de temps avant le scrutin afin d'éviter que trois pays lui opposent un vote négatif.

Le 25 février, un projet de résolution co-rédigé par les Etats-Unis et l'Albanie concernant la situation en Ukraine n'a pas été adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU en raison du véto opposé par la Russie.

Ce texte déplorait dans «les termes les plus forts» l'«agression» de cette dernière contre l'Ukraine — dénoncée comme une invasion par de nombreux pays occidentaux — réaffirmait un soutien à la souveraineté du pays, et voulait obliger la Russie à cesser «de recourir à la force» et à retirer «immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires» du territoire ukrainien. La proposition de résolution visait également à ce que Moscou revienne sur sa décision de reconnaître l'indépendance des Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Etant l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (avec la France, la Chine, les Etats-Unis et le Royaume-Uni), la Russie a le droit d'opposer son véto à toute résolution. Elle a justifié son intervention militaire en Ukraine par une action en autodéfense en vertu de l'article 51 de la charte de l'ONU. Après le vote, l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, a dénoncé un projet de résolution «anti-russe et anti-ukrainien», accusant l'Occident de manipuler l'opinion mondiale.

Sur les 15 membres du Conseil, 11 pays ont voté en faveur du texte (les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Albanie, le Brésil, le Gabon, le Ghana, l'Irlande, le Kenya, le Mexique et la Norvège), tandis l'Inde et les Emirats arabes unis et la Chine se sont abstenus. Cette dernière a affirmé être opposée à la prise de sanctions contre la Russie. L'Inde a appelé à un retour sur la voie de la diplomatie et du dialogue, «aussi décourageant que cela puisse paraître en ce moment». Les Emirats arabes unis n'ont en revanche pas expliqué leur abstention.

Selon un diplomate citée par l'AFP, le texte de la résolution aurait été adouci dans les heures précédant le scrutin afin de «sécuriser» l'abstention des trois pays hésitant à lui opposé un vote négatif. Le texte proposé ne comportait ainsi plus le terme «condamner», remplacé par «déplorer». Une référence au chapitre 7 de la Charte de l'ONU – qui inclut un recours à la force – aurait également été supprimée.

Le secrétaire général de l'ONU appelle à «donner une nouvelle chance à la paix»

La résolution «condamne» l'opération militaire de la Russie, a commenté l'ambassadrice américaine à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield. «Les Etats membres responsables n'envahissent pas leur voisin», a ajouté la diplomate américaine, en estimant que les abstentionnistes, lors du vote, «ne défendent pas la Charte des Nations unies».

Son homologue albanais, Ferit Hoxha, a dénoncé manière virulente la Russie, l'accusant d'avoir «décidé d'infliger la mort» en Ukraine.

L'ambassadeur représentant l'Union européenne à l'ONU, Olof Skoog, a quant à lui affirmé être «en pleine solidarité avec le peuple de l'Ukraine».

En regrettant une réunion sans résultat, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déclaré qu'il fallait «donner une nouvelle chance à la paix». «Les soldats doivent retourner dans leurs casernes», a-t-il imploré, en assurant que «des civils meurent» en Ukraine. Quelques minutes plus tôt, Vassily Nebenzia avait fait valoir devant le Conseil de sécurité que l'armée russe ne visait que des cibles militaires.

L'ambassadeur ukrainien à l'ONU, Sergiy Kyslytsya, s'en est de son côté vivement et longuement pris à la Russie et à Vassily Nebenzia. «Vos mots ont moins de valeur qu'un bretzel !», a-t-il notamment lancé à son homologue russe avant de réclamer une minute de silence pour les morts en Ukraine, ponctuée d'applaudissements. Avant la séance, Sergiy Kyslytsya avait posé, drapeau ukrainien en main, entouré des ambassadeurs de l'Union européenne, devant une vaste tapisserie représentant la peinture Guernica de Picasso, ornant un mur à l'entrée du Conseil de sécurité.

«Le véto de la Russie est une tache de sang sur sa plaque au Conseil de sécurité, sur la carte de l'Europe et du monde. La coalition anti-guerre doit agir immédiatement !», a réagi sur Twitter le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Dans un autre tweet, il a affirmé que le soutien au projet de résolution d'un «nombre sans précédent d'Etats membres» prouve que «le monde [...] la vérité [et] la victoire» sont avec l'Ukraine.

Un projet de résolution similaire bientôt proposé à l'Assemblée générale ?

Selon des diplomates, une résolution similaire à celle soumise au Conseil de sécurité devrait être proposée dans les jours à venir à un vote de l'Assemblée générale de l'ONU, composée de 193 membres et où le droit de veto n'existe pas. Selon l'AFP, certains ambassadeurs estiment que plus d'une centaine de pays pourraient voter en sa faveur à l’Assemblée générale. Le projet de résolution américano-albanais devant le Conseil de sécurité avait reçu le co-parrainage de plus de 80 pays.

En 2014, après le rattachement de la Russie à la Crimée à l'issue d'un référendum – que les Occidentaux considèrent comme une annexion illégale –, Moscou avait déjà mis son véto à un texte le condamnant. Le texte avait recueilli 13 voix favorables, la Chine s’abstenant. Une résolution votée ensuite à l'Assemblée générale avait obtenu 100 voix favorables. 11 pays avaient voté contre, 58 s'abstenant. Le reste des membres des Nations unies n'avait pas pris part au scrutin.

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé tôt le 24 février une intervention militaire en Ukraine, qui vise selon lui à défendre les Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, dont il a reconnu l'indépendance trois jours plus tôt, mais aussi à «démilitariser» et «dénazifier» l’Ukraine. Cette opération a été dénoncée notamment par de nombreux pays occidentaux, dont certains ont déjà annoncé de nouvelles sanctions. Elle a également fait, dans des capitales occidentales mais aussi en Russie, l'objet de manifestations de contestation.


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