En France, la police fonctionne comme une mafia (Valentin Gendrot)

Valentin Gendrot, 33 ans, est un journaliste indépendant. Depuis 2014, il s'est spécialisé dans l'infiltration. Gendrot a été sous couverture avec la police française pendant des mois. Là, il a découvert chez la police française des collègues violents et une culture du silence.

Gendrot a passé des mois à faire des recherches sous couverture avec la police française. En 2020 il avait publié un livre d'enquête intitulé « Bulle » (en allemand 2022). Récemment, un comité de l’ONU vient d’attester du racisme structurel dans la police française. Le comité a-t-il raison ?

Le journal allemand Die Tageszeitung a interviewé le journaliste indépendant français à propos du comportement violent de la police en France. Un racisme structurel dans la police française existe-t-il vraiment ? Valentin Gendront répond :

    « En tant qu'auxiliaire de police à Paris, je n'avais aucune connaissance des documents stratégiques et de l'organisation des services dirigeants, donc je ne peux rien dire sur un racisme structurel. Mais cela ne veut pas dire que la police n'a pas de problème de racisme. J'ai travaillé avec 32 policiers, 5 ou 6 d'entre eux étaient racistes et violents. Ces personnes ne devraient plus être des policiers dans un pays démocratique normal, mais elles le sont toujours. La police utilise le mot "bâtard" lorsqu'elle s'adresse à des enfants arabes ou noirs de plus de 13 ans. Les jeunes noirs sont contrôlés par la police, mais les jeunes blancs ne le sont pas. »

Le langage reflète-t-il le comportement et les attitudes de la police ? Pour répondre à cette question, Valentin Gendrot a dit au journal allemand : « Dans un sens oui. Chaque fois que j’ai été témoin des violences, elles ont toujours été dirigées contre des minorités. Jamais contre des Blancs ou des Noirs en position sociale élevée, qui portaient un costume et une cravate. »

Le journaliste français estime que la police française fonctionne comme une mafia :  

    « La police française fonctionne comme une mafia. Personne ne parle, personne ne dénonce la situation, il y a une culture du silence, pas de transparence. Alors les cinq ou six policiers violents restent avec la police. Et donc il peut arriver qu'un policier tue un garçon de 17 ans comme Nahel M. »

Dans une autre partie de cette interview, Valentin Gendrot a dit : « Même si quelque chose de bien ou de mal se produit, les policiers font généralement preuve de solidarité avec leurs collègues. Je pense que c'est en partie parce que c'est un métier difficile. Et si vous dénoncez les violences policières, vous êtes un traître. »

Le journaliste de Die Tageszeitung souligne qu’en Allemagne, on reproche souvent qu’il n'y a pas d’autorités d’enquête réellement indépendantes et que c’est toujours la police qui enquête sur la police. Est-ce une partie du problème en France aussi ?

Gendrot répond :

    « Oui. En France aussi, les infractions font l'objet d'enquêtes internes, il n'y a pas d'autorités indépendantes. Nous avons l'Inspection générale de la Police Nationale en France, nous l'appelons la "Police de la Police". En Grande-Bretagne c'est différent. En Angleterre, il y a la "Independent Police Complaints Commission" et en Écosse le "Police Investigations and Review Commissioner". Alors peut-être que la police anglaise est plus propre que la française ! »

Selon Valentin Gendrot, le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, protège presque toujours la police. « Même si un policier fait quelque chose de mal, comme tuer ou frapper quelqu'un, le ministre soutient toujours la police », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne le taux élevé des cas de suicide parmi les policiers en France, Gendrot dit que ce taux est terriblement élevé. « L'année dernière, il y en avait 46 ! Les policier représente le deuxième groupe professionnel sur la liste des suicides derrière les agriculteurs », a-t-il souligné.

Valentin Gendront a confirmé que les opérations de police impliquent souvent la violence :

    « Il y a donc beaucoup de blessés et de morts. De plus, l'image du bon policier héroïque est une caricature du cinéma français. Si vous êtes un "petit" flic, vous n'êtes pas un héros. Vous n'êtes qu'un pauvre gars qui doit faire ce que les autres vous disent de faire. Et il y a un autre facteur : beaucoup de policiers qui travaillaient avec moi n'étaient pas de Paris. Ils venaient de petits villages où seuls les Blancs vivent. Ils ne connaissent aucun Noir, ils ne connaissent aucun Arabe. Je viens aussi d'un petit village près de Rennes, où vivent 2 000 personnes, toutes blanches. Si vous venez ensuite dans une banlieue de Paris et que vous devez y travailler, c'est trop difficile. De plus, la police parisienne est mal en point. Postes de police sales, installations médiocres. Vraiment pas un job de rêve. »

Nahel M. est une autre victime d'une longue liste de victimes immigrées. Le cas d'Adama Traoré en 2016, comparable à la mort de George Floyd, est devenu le plus connu. Pourquoi rien ne change en France en ce qui concerne la violence policière ?

Gendront souligne que la famille d'Adama Traoré veut savoir ce qui s'est passé depuis des années. Mais la police se tait. Il existe différents rapports d'experts, chacun aboutissant à des conclusions différentes.

« Je comprends que la famille d'Adama Traoré continue d'organiser des manifestations comme celle de samedi dernier, qui ont ensuite été interdites par les autorités, et la police a arrêté et battu le frère d'Adama, Youssouf. C’est horrible ! », dit le journaliste français.


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